Dimanche 1 novembre 2009
7
01
/11
/Nov
/2009
11:40
Pour patienter en attendant MAC Paris, qui aura lieu du 19 au 22 novembre à l'Espace Champerret, voici
le texte qui accompagne une des images qui y sera présentée.
Bonne lecture!
Je suis une feuille de papier, fine, lisse, légère, d’un blanc immaculé. J’ai la couleur de la neige fraîchement tombée, qui n’a pas encore été foulée, couchée sous
un ciel azuré. J’ai la pureté de l’innocence. Vierge de toute trace, je suis l’espoir d’une nouvelle destinée.
Je suis une feuille de papier, une simple feuille de papier blanc. Sans prétention, de fin grammage, ni grande, ni petite, discrète. Je suis une feuille volante, je
ne suis attachée à aucun calepin, aucun livre. Je suis d’une banalité insignifiante.
Je suis une feuille de papier sur laquelle on a renversé par inadvertance un grand verre d’eau, mais je suis sèche, de nouveau. J’ai échappé au pire. Je suis juste
un peu gondolée.
Je suis une feuille de papier qui a attiré le regard d’un petit garçon. Il m’a tatoué de son nom. Quelle joie de recevoir ses premières attentions.
Je suis une feuille de papier qu’une main maladroite a griffée de sa plume si violemment, qu’elle m’en a transpercé la peau. L’encre s’est étalée par endroits,
laissant quelques taches indélébiles.
Je suis une feuille de papier qui reçoit des histoires, que quelques scribouilleurs déposent en passant. Leur style est lourd et prétentieux car ils ont l’angoisse
de la page blanche. Alors, avec agressivité, ils gribouillent. Il suffirait pourtant qu’ils prennent le temps de me regarder quelques minutes, et de voir la légère vibration, je ne demande qu’à
inspirer.
Je suis une feuille de papier toute chiffonnée. Un malotru analphabète, bien désemparé de ne savoir poser ses propres mots sur mon dos m’a roulée en boulle et
enfoncée dans sa poche.
Je suis une feuille toute déchirée. Les gens prennent souvent des notes sur ce qui leur tombe sous la main. Je n’étais pas très loin. Il a arraché ce petit bout,
puis un autre, et encore un autre. Un jour il a bien eu envie d’en faire plus et il a regretté, alors il a mis du scotch. Je ressemble à un puzzle à qui il manquerait des pièces.
Et puis, c’est arrivé. J’ai vu les deux grandes lames me découper. On m’a enlevé ce premier nom gravé sur ma pulpe. Ce morceau, je le sais, on ne me le recollera
pas.
Je suis une feuille de papier sur laquelle, au fil des années, chacun y a mis de sa littérature. J’ai reçu tous les maux. On m’a barbouillée de textes bien laids,
ceux que l’on crache pour que l’acide ne brûle pas la langue. Il y a de jolis contes, où les filles sont forcément des princesses avec des chaussures à talons biens trop grandes pour leurs pieds
enfantins et des cancres qui griffonnent des morpions dans les marges en regardant le temps qui n’en fini pas de ne pas passer.
Je suis une feuille de papier sur laquelle on se penche pour pleurer et se plaindre. Ca dilue et fait des trainées partout. Déjà que je n’ai pas fière allure ! Je
préfèrerais qu’on trinque gaiement au dessus de moi et que la vodka fraise se répande, ça me donnerait un peu de couleur.
Je suis une feuille de papier bien vilaine. J’ai jauni et je suis racornie. Je suis pleine de taches, de ratures, de balafres, je suis griffée par des crayons trop
aiguisés, je suis broyée par des doigts indélicats, labourée par des mains trop brutales. Bientôt, il ne restera plus qu’à faire de moi une cocotte en papier. Je trônerais sur la cheminée, tel un
trophée, pendant un temps. Puis l’hiver viendra, il faudra alimenter le feu gourmand pour qu’il grandisse. Alors, on me jettera parmi les flammèches, pour qu’au moins j’aie servi à quelque
chose.
Je suis une feuille de papier qui refuse d’être pliée pour un origami de fin de vie. De toutes mes fibres je me tends. Et le papier se fera dur comme le verre. Si
je cède sous la pression des phalanges de fer, je me briserais en milliers d’éclats, je couperais les chaires et m’éparpillerais sur le sol.
Je suis une feuille qu’on pose négligemment sur un buffet, une plage arrière de voiture, pendant des mois, sans un regard. Je désespère de sentir la bille d’un
stylo rouler sur moi pour y tracer les arabesques d’une écriture généreuse. D’une fenêtre la brise vient caresser ma surface, elle me murmure des promesses de déliés, de grandes enjambées et
m’enveloppe dans son souffle.
Je suis une feuille de papier qui gît dans un caniveau. Peut-être qu’un musicien, compositeur génial, me rincera sous un filet d’eau claire pour diluer toute cette
encre. D’une main énergique, il tracera à ma portée les lignes qui soutiendront mes notes en désordre. Lui sait que la muse n’est pas en soi mais tout autour de soi.
Je ne suis pas une simple feuille de papier.
Joli, joli, joli, j'aime beaucoup!!!!!
Elle est magique ton histoire. Toute en pudeur et retenue, fragile et pleine d'espoir. J'aime les mots qu'elle évoque, le destin, les aléas, les surprises qu'on attend plus mais qui surgissent, qui jaillissent et qui répandent leur lumière....
Magique !
Houlà! En répondant à un de tes message, j'ai appuyé sur corbeille au lieu de "mettre en ligne".
Je reformule donc... :
Les autres sites ne sont plus d'actualité, j'attends encore un peu pour présenter mes nouveaux travaux (peinture et sculpture). Une partie est visible sur mon facebook.
je réitère... :))
Merci, sincèrement, de ses messages. Ils sont ceux qui permettent de nourir les artistes dans leur endurance. (Un peu comme l'isostar pour un coureur de fond;) )
Ecoute, vraiment je suis sincère.. continue de nous éblouir avec tes oeuvres, tant photographiques qu'écrites. Elles m'émerveillent. Dommage que tu ne sois pas sur Artblog, je serais informée à chaque édition de nouveaux posts.
Et merci pour ta réponse. René m'a indiqué un site sur lequel j'ai pu lire un extrait de biographie.
Trés bonne continuation.
Delphine